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Pour la première fois depuis 2008, les ventes de pesticides ont reculé en France. Vrai... et faux

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Traitement phytosanitaire d'un champ de pommiers, dans les Bouches-du-Rhône. Photo archives AFP

Les ventes de pesticides aux agriculteurs ont reculé de 2,7% en France entre 2014 et 2015, une première baisse depuis le lancement d'un plan gouvernemental Ecophyto en 2008 visant à réduire l'utilisation des produits phytosanitaires de 25% d'ici à 2020, a annoncé le 30 janvier dernier le ministre de l'Agriculture. La nouvelle a été saluée par Stéphane Le Foll, le ministre de l'agriculture lors d'une conférence de presse : "Cette "inversion de la courbe" est "un point que l'on veut poursuivre et conforter".

Le recours aux pesticides en hausse sur la moyenne triennale

La réalité est un poil différente, et comme pour l'inversion de la courbe du chômage chère à François Hollande, il convient de ne pas chanter victoire trop vite. Le recul sur un an est encore loin d'inverser les tendances de fond puisque les ventes de produits phytosanitaires agricoles restent en hausse en France en moyenne triennale sur la période 2013-2015 par rapport à 2012-2014.

Pour faire ses comparaisons, le ministère utilise un indicateur mis en place lors du lancement du plan Ecophyto : le "Nodu" pour "Nombre de Doses Unités" vendues. Le hic, c'est qu'avant de reculer de 2,7% entre 2014 et 2015, cet indicateur avait progressé de 9,4% entre 2013 et 2014. En outre, entre la période 2012-2014 et 2013-2015, il a progressé de 4,2%, après avoir augmenté de 5,8% entre 2011-2013 et 2012-2014.

Ecologie ou climat ?

Par ailleurs, il est impossible de savoir sir le fléchissement de 2015 est dû à un comportement plus écologique des agriculteurs ou à des conditions climatiques plus favorables.

Essentiellement dans les jardineries

Si la FNSEA, le premier syndicat agricole français, a pour sa part salué un premier pas, soulignant que c'était la preuve que "l'écologie incitative est plus efficace que l'écologie punitive", en demandant de soutenir la recherche et l'innovation pour garantir des "solutions alternatives", l'association Générations Futures a mis un troisième bémol. L'ONG qui lutte contre les pesticides souligne que le recul annuel des ventes de pesticides était beaucoup plus prononcé en zones non agricoles (-14%), c'est-à-dire essentiellement dans les jardineries qui vendent aux particuliers.  

Interdiction dans les espaces publics

L'utilisation des pesticides devraient toutefois bel et bien diminuer, leur interdiction dans les espaces publics étant entrée en vigueur au 1er janvier 2017. Pour accompagner cette interdiction, le gouvernement a édité un guide "Ma commune sans pesticides, le guide des solutions", téléchargeable sur le site du ministère de l'environnement. Dans ce cadre, le ministre a insisté sur la nécessaire mise en place des certificats d'économie de produits phytopharmaceutiques (CEPP), sur laquelle le Sénat sera invité à se prononcer le 7 février.

Les Certificats d'économie de produits phytopharmaceutiques (CEPP)

Les CEPP, créés sur le modèle des certificats d'économie d'énergie, sont un dispositif de politique publique qui vise à inciter financièrement les principaux vendeurs de produits phytosanitaires agricoles à encourager des modes de production alternatifs. Ils peuvent ainsi vendre du conseil, des équipements ou mettre en place des actions permettant une réduction de l'utilisation des produits chimiques, ce qui leur rapporte des certificats. Par exemple, une coopérative pourra payer les services d'un conseiller agréé à ses adhérents, les agriculteurs, pour les aider à réduire les doses qu'ils utilisent dans les champs.

Les CEPP, comment ça marche ?

Si les vendeurs n'ont pas rempli leurs objectifs en nombre de certificats en 2021, ils seront pénalisés financièrement en 2022. L'amende administrative sera calculée au prorata du nombre de CEPP manquants. Les objectifs que doivent remplir les coopératives et distributeurs varient entre un CEPP à gagner et plus de 700 000, en fonction des volumes de produits phytosanitaires vendus les années auparavant. Le Conseil d'Etat avait annulé fin décembre l'ordonnance encadrant cette expérimentation, à la suite d'un recours des fabricants et distributeurs de pesticides.

Les CEPP ont été réintroduits dans la proposition de loi contre l'accaparement des terres, votée le 18 janvier à l'Assemblée nationale, examinée au Sénat le 7 février. "Je ne partirai pas sans que ce dispositif soit définitivement acté" a lancé Stéphane Le Foll, le 30 janvier 2017.

Cathy Lafon

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