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Nucléaire: après la Suisse, l'Allemagne épingle deux des plus vieilles centrales françaises, Cattenom et Fessenheim

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La sécurité de la centrale de Fessenheim, mise en accusation par l'Allemagne. Photo AFP

Après la plainte contre X déposée à Paris par Genève, ce mercredi 2 mars, pour "pollution des eaux" et" mise en danger de la vie d'autrui" par les installations décrites comme "vétustes" du Bugey (Ain), les Verts allemands ont sévèrement pointé le lendemain, la sécurité du site vieillissant de Cattenom (Moselle). Selon un rapport que leur groupe d'élus a commandé au Parlement allemand et révélé par France Info le 2 mars,  la centrale de Cattenom n'est pas au niveau des nouvelles normes européennes de l'après Fukushima. Dans la foulée, le Luxembourg, quant à lui, a saisi sur ce sujet la  Commission européenne.

Ce vendredi, la dangerosité de la plus vieille centrale du pays, celle de Fessenheim (Haut-Rhin) dont la fermeture, promise par François Hollande n'est pas prévue avant la fin 2018, et dont rien ne dit qu'elle sera effectivement démantelée, était à son tour pointée par l'Allemagne. Selon un média allemand, le site nucléaire alsacien aurait été momentanément hors de contrôle, lors d'un incident survenu en 2014. Nos voisins européens n'apprécient pas du tout les risques que fait courir sur leur sécurité le parc électronucléaire français vieillissant. Cinq ans après Fukushima, ils le font savoir haut et fort, et il faut les comprendre.

Le spectre de Fukushima

«Il faut imaginer qu’un accident de type Fukushima puisse survenir en Europe." Pierre-Franck Chevet, président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), Libération, 3 mars 2016

sécurité,centrale nucléaire,fessenheim,conflit,allemagneA une semaine du cinquième anniversaire de Fukushima, le 11 mars prochain, c'est un peu comme si la France, en annonçant vouloir prolonger la vie de ses centrales, contrairement aux objectifs de sa loi de transition énergétique, faisait la politique de l'autruche, en décidant de faire abstraction du risque, pourtant envisageable, hélas, d'un accident nucléaire majeur sur son sol. Le patron de l'ASN, Pierre-Frank Chevet (photo AFP ci-contre), a pourtant déclaré que le risque zéro n'existait pas, et que l'hypothèse d'un accident nucléaire de l'envergure de celui qui s'est produit au Japon ou en Ukraine n'était en aucun cas à exclure en Europe, voire en France. Dans une interview à Libération ce jeudi, le responsable du gendarme du nucléaire qui n'est pas vraiment un antinucléaire primaire, a déploré "le manque de prise de conscience des risques.

Que reprochent les Allemands à Fessenheim ?

Concernant le site alsacien, le quotidien allemand "Süddeutsche Zeitung" de ce vendredi 4 mars, a révélé avec la chaîne de télévision lcoale WDR qu’"une panne", survenue le 9 avril 2014 sur le réacteur n° 1 de la plus ancienne centrale atomique française "était plus grave qu’on ne le pensait". Le 17 avril, l’ASN indiquait : ’"une inondation interne dans la partie non nucléaire de l’installation a endommagé des systèmes électriques de sauvegarde et conduit à la mise à l’arrêt du réacteur". L’inondation elle-même étant survenue "lors d’une opération de remplissage d’un circuit de réfrigération" . L’obstruction d’une tuyauterie d’évacuation par de la limaille avait conduit à son débordement, puis à l’écoulement d’eau dans les parties inférieures de l’installation.

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Une simple "anomalie" selon l'ASN, "température hors de contrôle" selon un média allemand

Dans ce document, l’ASN indique que "la fuite a été rapidement stoppée par le personnel EDF" et que "le réacteur 1 a été arrêté par l’exploitant". Une simple "anomalie", selon le gendarme du nucléaire, qui a classé "l’événement n’ayant pas eu de conséquence sur le personnel ni sur l’environnement de l’installation", au niveau 1 sur l’échelle internationale des événements nucléaires qui va de 0 à 7. La "Süddeutsche Zeitung", elle, ne voit pas les choses du même oeil. Le quotidien allemand évoque "une suite de défaillances techniques et de chaos", et accuse l'ASN d'avoir minoré l'incident, qui aurait conduit à ce que le réacteur ne soit "temporairement plus contrôlable". Ce qui serait autrement plus grave. Le quotidien fait aussi état d’une "température du réacteur hors de contrôle".

"Accusations injustifiés" selon l'ASN

Sophie Letournel, chef de la division de Strasbourg de l’ASN, qui reconnait qu'EDF a effectivement eu recours à une solution borée pour arrêter le réacteur, a toutefois récusé les accusations allemandes, "totalement injustifiées" selon elle. "A aucun moment le réacteur n’a été hors de contrôle", a-t-elle affirmé. La lettre de suivi, datée du 24 avril, de l’inspection menée à Fessenheim par l’ASN le 10 avril, c’est-à-dire le lendemain de l’incident, le mentionne, en indiquant que "les grappes de commande n’étant pas manœuvrables, seule la borication a été utilisée pour baisser la puissance primaire du réacteur". Elle reconnaît toutefois une baisse momentanée de la température du fluide de refroidissement, "en deça de la limite prévue par les règles générales d’exploitation"

La ministre de l’environnement allemande, Barbara Hendricks, qui n'a rien d'une écologiste baba cool et échevelée, pas plus que la maire de  Genève, Esther Alder, a aussitôt déclaré que Fessenheim, frontalière de son pays, "devait être fermée le plus vite possible". Une demande déjà formulée à plusieurs reprises par le passé, par son pays, par la Suisse, et par les antinucléaires français comme européens.

Cathy Lafon

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