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Les bonnes nouvelles de 2016. 1. Aux Jardins d'Eyrignac, des traitements "zéro phyto", capables de sauver les buis

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Avant de passer à 2017, Ma Planète vous propose de revisiter les bons moments "verts" de l'année qui s'achève. Il n'y a pas eu que des mauvaises nouvelles en 2016.... La preuve. 

Les Jardins d'Eyrignac, en Dordogne, organisent ce samedi 2 avril une grande journée d'information et d'échange autour d'un enjeu de taille pour nos jardins et la biodiversité: le traitement naturel des buis, menacés de mort par plusieurs maladies. 

Ce rendez-vous printanier, véritable état de l'art des solutions efficaces alternatives aux pesticides, constitue un acte de résistance face à l'industrie chimique des phytosanitaires. Il interroge aussi les politiques et, plus largement, la société. Le décret d'application de la législation française existante depuis 2014, qui pourrait autoriser la commercialisation et le développement des préparations naturelles en matière d'agriculture, n'a en effet toujours pas été publié...

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Pour les buis, c'est l'alarme

plantes,buis,eyrignac,dordogne,preparations naturelles,legislationDepuis une dizaine d'années, l'état de santé de tous les Buxacées (famille du buis) est très préoccupant. Ces petits arbustes au vert sombre et profond, d'une valeur patrimoniale inestimable, dépérissent par milliers en Europe. Une hécatombe causée par deux maladies, dues à des champignons microscopiques (Cylindrocladium buxicola et Volutella buxi), et aux ravages des chenilles de pyrale (Cydalima perspectalis) qui les dévorent littéralement (photo ci-contre). Les chenilles de ce papillon nocturne, arrivé d'Asie en France il y a neuf ans, sont de redoutables agents défoliants, capables de décaper un gros buis en moins de 24 h. Présente dans 60 départements en 2014, dont la Gironde, la pyrale devrait finir de coloniser l'ensemble du pays cette année.

L'affaire de tous

Les attaques que subit le buis, ornement privilégié de nos jardins à la française, sont d'une telle virulence, qu'elles sont devenues l’affaire de tous, y compris des jardiniers amateurs qui se désespèrent de découvrir chaque printemps, de nouvelles victimes parmi les buis de leurs carrés de verdure. Petits et grands jardins, privés et publics,  pépinières ou entreprises d’espaces verts…  du particulier au professionnel, chacun tente de trouver des solutions aux fléaux qui s'abattent sur les Buxacées. La situation sanitaire des buis est à ce point inquiétante, qu'une journée d'étude a déjà été organisée en mars 2015 au château de Vaux-le-Vicomte (Seine-et-Marne), en présence de plus de 200 spécialistes venus de France mais aussi de l'étranger. Car le problème dépasse de très loin les frontières de l'Hexagone et touche la Grande-Bretagne, les Pays- Bas, la Belgique ou encore les États-Unis. Selon ces experts, les réponses passent par une lutte sans chimie et en bio, qui permet de contrôler pyrale et champignons.

La bactérie Bt tueuse de pyrale et l'Inra

Deux chercheurs de l'Institut national de la recherche agronomique (Inra), Jean-Claude Martin et Isabelle Tabone, ont ainsi élaboré en deux ans, une stratégie de lutte écologique, dans le cadre du plan Ecophyto 2 du gouvernement, qui aura au moins servi à ça. Le piège à phéromones détecte précocement les vols de papillons adultes, 12 jours après le "pic de vol", au moyen d'insecticides bio, à base de Bacillus thuringensis ou Bt. Cette bactérie secrète en effet des toxines qui ciblent spécifiquement les chenilles de papillon et les détruit, sans mettre en danger les insectes pollinisateurs. 

La journée bio des buis des Jardins d'Eyrignac

plantes,buis,eyrignac,dordogne,preparations naturelles,legislationIl existe quantité d'autres solutions naturelles, tout aussi adaptées aux maux des buis. Ce samedi, c'est à Eyrignac, en Dorgogne, aux célébrissimes Jardins, que des intervenants spécialistes vont plancher et témoigner de leurs expériences. De 10h à 17h, dans une rencontre animée par Michel Polacco, secrétaire général de de France Info, de nombreux experts de la région détailleront le large arsenal existant des moyens "bios" alternatifs aux pesticides et fongicides, capables de sauver les buis d'une mort certaine.

Expériences 100% biologique et écologique

plantes,buis,eyrignac,dordogne,preparations naturelles,legislationJeanne-Emma Graciet, pharmacienne, spécialisée en homéopathie, racontera comment elle applique, depuis plusieurs années et avec succès, des traitements isothérapiques  dans les jardins du Château de Viven, près de Pau. Thierry Charmarty, chef de Service aux Espaces verts, Pôle Paysage du Conseil Départemental de la Dordogne , présentera le passage au Zero phyto et les alternatives au fongicide dans son département. Jean-François Lyphout, producteur en Dordogne, prône l’usage des biostimulants à base d’extraits végétaux et notamment de purins. Rudi Breuring, expert en buis, défend lui aussi un traitement 100% biologique et écologique sous la forme d’un engrais foliaire.  Mireille Decouard, pépiniériste spécialiste du buis depuis plus de 20 ans, partagera son expérience de professionnel et notamment l’expérimentation de traitement à base de savon noir et bouillie bordelaise.

plantes,buis,eyrignac,dordogne,preparations naturelles,legislationEnfin, l’après-midi, place à Laurent Chabane (photo ci-contre), le chef jardinier d’Eyrignac qui présentera les traitements expérimentés dans les jardins et les carrés d’essais mis en place.

Les préparations naturelles toujours pas reconnues

Autant de remèdes efficaces et sans danger pour les hommes qui les appliquent, les insectes pollinisateurs et la nature dans son ensemble. Pourtant, alors que la dangerosité potentielle des pesticides, même homologués, est désormais avérée, "les préparations naturelles pour favoriser la croissance des plantes et les aider à mieux résister à certaines maladies, aux insectes et au stress climatiques, elles, ne sont toujours pas reconnues et ne peuvent être utilisées sans Autorisation de Mise sur le Marché (AMM)". C'est ce que déplore Didier Bougeard, vice-président de l'Association pour la promotion des préparations naturelles peu préoccupantes (Aspro-pnpp).

Y a souci...

Pourtant, le 13 octobre 2014, souligne ce Girondin de Lège-Cap Ferret, "en adoptant la  loi d'avenir pour l'agriculture, l'alimentation et la forêt (LAAF), l'Assemblée nationale a reconnu les préparations naturelles peu préoccupantes (PNPP) du domaine public, comme biostimulants, les excluant ainsi de la catégorie des "pesticides" dans laquelle elles étaient injustement cataloguées". Gros hic : alors que ces produits, concoctés à partir d'éléments naturels et issus de savoirs ancestraux, répondent aux nombreuses attentes et interrogations des paysans, maraichers, horticulteurs, paysagistes, fruiticulteurs, jardiniers...., le décret d'application prévu par la loi n'a toujours pas été publié. Et dans les faits, la loi continue de favoriser la chimie des pesticides.

"Les lobbys de l'agrochimie"

Après avoir sollicité sur ce sujet la ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal, et relancé la Direction générale de l'alimentation (DGAL) suite à l'émission Cash Investigation sur les dangers des pesticides, diffusée par France 2 en février dernier, l'Aspro dit avoir reçu d'Alain Tridon, de la DGAL la réponse suivante : "Le projet de décret est actuellement expertisé par le service des affaires juridiques du ministère de l'agriculture, comme je m'y étais engagé quand nous avons fait le point mi janvier 2016." Un retour jugé "sibyllin" par un Didier Bougeard, très agacé, qui dénonce "le poids des lobbys de l'agrochimie", en France, notamment à la DGAL, comme au niveau européen.

Purins d'ortie, extraits de saule, argile, sucre et vinaigre blanc...

Alors, à quand les tisanes, infusions de camomille, décoctions d'ail et autres purins d'ortie, de prêle et de consoude, les extraits de saule, mais aussi les badigeons à l'argile, le vinaigre blanc ou le sucre, vendus légalement à des fins agricoles en France ? La question reste ouverte. En revanche, en attendant, on peut toujours acheter dans les jardineries le Roundup de Monsanto, ce fameux désherbant contenant du glyphosate (classé cancérogène "probable chez l’homme" par le Centre international de recherche sur le cancer), pourtant interdit par la loi à compter du 1er janvier 2016... Les particuliers peuvent en effet continuer à se fournir : les points de vente doivent seulement limiter l’accès à ces produits qui doivent être vendus non plus en rayon, mais au comptoir. Il se dit même que certains clients en font des stocks.

Qui a dit qu'on marchait sur la tête ?

Article publié le 2 avril 2016.

Cathy Lafon

►PLUS D'INFO

  • Le programme intégral de la journée des Jardins d'Eyrignac sur les traitements du buis : cliquer ICI

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